Facebook : une liste des « organisations dangereuses » utilisée par ses modérateurs rendue publique

Facebook : une liste des « organisations dangereuses » utilisée par ses modérateurs rendue publique

Outre des groupes mafieux et terroristes, les listes contiennent plusieurs organisations politiques considérées comme appelant à la haine, dont plusieurs groupes d’extrême droite français. Le site américain The Intercept a publié, mardi 12 octobre, une liste des « individus et organisations dangereuses » utilisée par les modérateurs de Facebook. Le document, qui n’est pas daté, rassemble sur une centaine de pages un peu plus de 4 000 organisations et personnalités, réparties en plusieurs catégories qui déterminent si ces groupes et leur apologie sont tolérés ou interdits sur la plate-forme. On en discerne trois principales.

La première rassemble les groupes terroristes, criminels ou racistes considérés comme particulièrement violents ou dangereux. Ces derniers sont non seulement interdits de présence sur Facebook, mais tout message considéré comme faisant leur apologie ou leur publicité doit également être supprimé, d’après les règles transmises aux équipes de modération consultées par The Intercept.

La liste utilisée par Facebook se fonde en grande partie sur les classifications du gouvernement américain, qui maintient sa propre liste d’organisations considérées comme terroristes. Sans surprise, on y retrouve une multitude de groupuscules affiliés à l’organisation Etat islamique, à Al-Qaïda, ou au Hezbollah. On peut également y lire les noms d’une poignée de groupes néonazis, ainsi que certaines organisations clandestines européennes. La liste mentionne notamment plusieurs groupes paramilitaires orangistes d’Irlande et des groupuscules comme l’IRA véritable, ainsi que des personnalités liées à l’ETA. S’ajoute à tout cela une liste de groupes criminels considérés comme particulièrement violents, composée principalement de mafias d’Amérique latine – du Brésil et du Mexique en tête.

Les règles de modération sont, en revanche, un peu plus souples pour une liste d’« acteurs non étatiques violents », qui constituent la deuxième catégorie définie par Facebook. Celle-ci regroupe des organisations paramilitaires menant des actions de guérilla, dont plusieurs groupes syriens ou tchétchènes. Les modérateurs sont incités à tolérer les messages qui évoquent ces groupes pour leurs actions non violentes, mais à supprimer toute glorification d’actions armées.

Appels à la haine

La troisième catégorie principale rassemble des groupes et individus qui ne sont pas directement soupçonnés d’actions violentes, mais dont le discours incite à la violence ou à la haine. Les utilisateurs de Facebook sont dans leur cas autorisés à en discuter de manière large, mais leurs messages sont signalés aux modérateurs comme présentant un risque particulier. Plusieurs groupes français se trouvent dans cette liste, dont le groupuscule Génération identitaire, dissous en mars, dont la page Facebook avait été fermée en 2018, ou encore le mouvement Egalité et réconciliation, d’Alain Soral, condamné à de multiples reprises, dont la page Facebook a été fermée en 2017 ; on y trouve également des groupes de musique néonazis ou apparentés, dont le groupe français Elsass Korps, dissous en 2005.

La principale révélation de ces documents est probablement l’existence, au sein de ces listes, d’une catégorie « mouvements sociaux armés ». Très détaillée, cette dernière comprend plusieurs centaines de groupes armés, tous américains. Certains sont liés à l’extrême droite américaine, d’autres au mouvement pro-armes Boogaloo ; The Intercept voit dans cette classification spécifique la preuve que Facebook pratique une modération « américanocentrée » et plus tolérante pour l’extrême droite américaine que pour d’autres groupes.

Une accusation vivement contestée par le réseau social, qui dit procéder à des classements selon le degré de dangerosité des groupes et leurs comportements. « Lorsque des groupes américains répondent à notre définition de ce qu’est un groupe terroriste, nous les désignons comme tels (c’est, par exemple, le cas pour The Base, Atomwaffen Division ou National Socialist Order [trois groupes néonazis américains]), explique un porte-parole de l’entreprise à The Intercept. Quand ils répondent plutôt à nos critères désignant les organisations qui appellent à la haine, nous les classons alors de cette manière, par exemple les Proud Boys, le mouvement Rise Above Movement, ou le Patriot Front. »

Le Monde

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